Jacques Brillet m’a fait parvenir le texte suivant qui constituait la déclaration préalable de la FSU, lors de la dernière réunion du CALR (Conseil Académique des Langues Régionales), le 2 février 2010, et qui garde, dit-il, toute sa pertinence.

L'enseignement des langues régionales ne peut s'extraire d'un contexte, dans sa finalité comme dans sa pratique. Aujourd'hui, la réalité linguistique en Bretagne est alarmante : il reste environ 210 000 personnes qui ont une pratique sociale de la langue. Ce nombre diminue d'environ 6 000 par an. Les chiffres fixent d'eux mêmes les échéances.
La finalité de l'enseignement bilingue est bien de conduire les élèves à une pratique sociale de la langue permettant de stabiliser le nombre de locuteurs et d'élargir à d'autres générations la pratique de cette langue. Y croit-on ou pas?  Et si l'on y croit, comment doit-on alors s'en donner les moyens ?
De l'initiation à la langue en passant par l'optionnel ou le bilinguisme à parité horaire, les demandes, l'offre, les situations sont diverses. Pour la FSU, toutes ces formes d'enseignement doivent être développées dans le service public pour contribuer à l'enrichissement des pratiques linguistiques. Cela implique d'assurer la cohérence de parcours de la maternelle à l'Université.
Depuis 2002, l'enseignement des langues vivantes n'a cessé de se dégrader en terme des moyens et de statut (nombre de postes au CAPES externe divisé par trois, place des examens et concours, abandons et flux vers l'enseignement privé associatif ou confessionnel).
La loi Fillon impose un conventionnement spécifique Etat-Région.  Si on fait le bilan des conventions Etat-Région, les objectifs relevant  de la compétence de la région ont été atteints et même dépassés: culture, édition, loisirs... On ne peut en dire autant des objectifs relevant de l'Etat : effectifs scolarisés, moyens d'enseignement, formation des maîtres. Atteindre ces objectifs, c'est s'interroger sur les pratiques, c'est s'inscrire à moyen terme dans une banalisation de cet enseignement. 
Il n'y aura d'enseignement bilingue que s'il y a des élèves.
L'analyse des documents montre l'extrême fragilité des filières marquée par des taux d'évaporation très importants. C'est autour de ces constats qu'il convient de s'interroger, en sortant des explications habituelles. Cohérence des filières, continuité pédagogique et territoriale, horaires d'enseignement...  Il ne faut pas ajouter de la fatigue à la fatigue, de la distance à la distance, de la complémentarité à la rupture de la filière publique. Plus la pratique de la langue est diverse mais avec un horaire important dans un établissement, davantage la fidélité des publics est aussi marquée.
Il n'y aura des élèves que si il y des enseignants à présenter devant les élèves.
C'est par la diversification des voies de formation initiale et continue d'enseignants déjà formés que l'augmentation du potentiel d'enseignants bretonnants permettra de sortir de cette situation de tension permanente, de recours à des personnels précaires, de fragilité. Conforter les personnels dans leurs pratiques professionnelles revient aussi à rompre le sentiment d'isolement, d'aridité pédagogique qui conduit parfois au découragement et à l'abandon. Il existe aujourd'hui les moyens de mettre les personnels en réseau, de les aider pédagogiquement.
Paradoxalement, c'est par sa banalisation que l'enseignement bilingue public assurera son avenir. La FSU porte cet espoir et apporte un certain nombre de propositions immédiates, concrètes et opérationnelles.