On ne le sait pas vraiment : mais en plus des filières bilingues, il existe la possibilité d'étudier le breton au collège et au lycée comme option. Cette option concerne actuellement environ 5 000 élèves dans l'Académie de Rennes. Par rapport à l'enseignement bilingue, cette option de breton du second degré se caractérise par le fait qu'il s'agit d'un cours de langue. On y étudie aussi la culture ou la civilisation, particulièrement en 6e. On n'y enseigne donc pas d'autre matière en breton.
Un enseignant me laisse entendre que cette option de breton au collège et au lycée est une question de mode. De la même manière que l'enseignement de l'allemand a bénéficié ces dernières années de la notoriété du groupe Tokio Hotel, celui du breton lui paraît avoir connu deux périodes fastes : les années 1975 grâce à Alan Stivell, puis les années 1995 du fait de "L"héritage des Celtes." Aucun chanteur ne lui paraît servir à ce point de locomotive aujourd'hui. Les festou-noz n'attirent que les membres des cercles celtiques. Même parmi ces derniers, les jeunes ne manifestent qu'un faible intérêt pour des cours de breton : ils préfèrent s'abstenir.
Un observateur m'a fait remarquer à ce sujet qu'il n'est pas facile d'intéresser à la langue bretonne des élèves qui n'ont bénéficié d'aucune sensibilisation au breton avant leur entrée en 6e : pourquoi opteraient-ils pour un tel cours ? Précisément, le cours de 6e est lui-même conçu comme une année de découverte, mais il ne semble pas qu'il soit perçu comme tel.
D'après un autre enseignant, ceux qui choisissent l'option de breton au collège n'ont pas le même profil que ceux de la filière bilingue. Lui considère que les élèves sont demandeurs, et leur nombre varie de 8 à 10 : "en avoir plus, ce serait difficile !" Comme son collègue d'espagnol, il fait du démarchage en adressant des mailings aux cercles celtiques, aux groupes de musique : "il en vient trop peu !" Ces élèves sont de vrais débutants : il leur assure 2 heures et demie jusqu'au baccalauréat. Il en perd quelques-uns pour incompatibilité d'options. Mais "les stratégies de lycée" existent aussi : certains optent pour le breton pour pouvoir s'inscrire dans l'établissement où on l'enseigne ! Quelques-uns arrivent après avoir commencé seuls l'étude du breton : leur motivation est telle qu'ils exercent un effet d'entraînement sur leurs camarades de classe.
En général, les cours optionnels de breton ne comptent que deux, trois ou quatre élèves par classe. En 6e, ce sont les parents qui incitent leurs enfants à choisir l'option de breton. Beaucoup abandonnent en 4e ou en 2e. "Faire du breton au lycée ? Surtout pas !" Ils sont convaincus d'en avoir déjà fait assez au collège et, mis à part quelques exceptions, ne veulent plus en entendre parler. Selon la directrice d'un centre de formation, cette période est délicate, car "à cet âge, les élèves se demandent bien pourquoi leurs parents les ont inscrits aux cours de breton. Il faut savoir être convaincant."
Un de mes interlocuteurs me faisait observer récemment qu'on ne peut pas comparer le pouvoir d'attraction du breton à celui de l'allemand, par exemple. "Penser qu'il peut attirer les meilleurs, c'est rêver. Il faudrait pouvoir montrer que c'est un plus sur le plan professionnel, dans la vie personnelle… Mais si ce plus n'existe pas…"
Cette option de breton au collège et au lycée présente tout de même un intérêt, non ?
Que faudrait-il donc faire pour la rendre plus dynamique et plus attrayante ?